Poésie à l’époque du Premier État saoudien


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27/01/2026

 La poésie à l’époque du Premier État saoudien constitue l’un des arts littéraires qui ont servi de moyen d’expression majeur, reflétant les dimensions sociales, politiques et religieuses de cette période. Elle a joué un rôle important dans la promotion de l’unité nationale, de la loyauté envers l’État et de sa défense, tout en représentant une source essentielle pour l’histoire de l’Arabie saoudite.Les dirigeants du Premier État saoudien ont accordé une attention particulière à la poésie et aux poètes, et la production poétique de cette époque se caractérise par la diversité de ses thématiques et de ses formes artistiques. Par ailleurs, la poésie populaire a connu un développement notable de ses mètres, par rapport aux formes poétiques classiques.

Intérêt des imams du Premier État saoudien pour la poésie

La société du Premier État saoudien accordait une grande considération à la poésie et en maîtrisait la composition. Bien que certains poètes ne fussent pas versés dans la lecture et l’écriture, leur parfaite maîtrise de la langue vernaculaire leur permettait d’éviter les fautes linguistiques lors de la création poétique. Les poèmes étaient le plus souvent transmis oralement, avant d’être consignés par écrit. Les imams de la famille Al Saoud attiraient à Diriyah des poètes de renom issus de l’ensemble de la péninsule Arabique et récompensaient généreusement ceux qui excellaient dans l’art poétique.

Thématiques de la poésie l’époque du Premier État saoudien

L’établissement du Premier État saoudien, ainsi que la paix et la sécurité qui l’accompagnaient, ont contribué de manière significative à l’essor des activités scientifiques, intellectuelles et littéraires. À cette période, des thématiques sérieuses se sont imposées dans la poésie. Certains poètes, tels que Abdulrahman al-Makki et Muhammad Qabil al-Jeddawi, ont tenté de composer des poèmes selon les styles bagdadien et andalou, en recourant à des mètres nouvellement développés ainsi qu’aux muwashshahat (poèmes strophiques). On observe également, chez plusieurs poètes, un mélange entre poésie vernaculaire et poésie arabe classique. Dans le Najd, la poésie classique a connu un essor notable, en phase avec le développement scientifique de la région.

Les poètes de cette époque étaient étroitement liés au savoir : ils étaient reconnus comme érudits avant de l’être comme figures littéraires. Nombre d’entre eux occupaient des fonctions savantes, notamment comme juges, muftis ou enseignants. Une exception notable est Ahmad Bin Musharaf, connu du public comme poète avant d’être reconnu pour ses compétences en jurisprudence et en fatwas.
Parmi les manifestations du lien étroit entre savoir et poésie figure la composition de poèmes consacrés aux textes juridiques, aux avis juridiques, à la consignation de questions doctrinales ou encore à l’enregistrement d’événements historiques. Cette pratique se retrouve notamment dans la poésie d’Ahmad Bin Musharaf sur l’histoire et l’éthique, ainsi que dans celle de Abu Bakr al-Mulla, Muhammad al-Hafthi et Suleiman Bin Sihman. Le phénomène de l’historiographie poétique s’est ainsi poursuivi, parallèlement à la composition de poèmes fondés sur les énigmes, les devinettes et les traits d’esprit à caractère savant.

Mètres de la poésie vernaculaire au Premier État saoudien

Les poètes du Premier État saoudien ont su développer les mètres de la poésie vernaculaire en introduisant des formes plus en adéquation avec leur environnement et les goûts populaires. Cela apparaît notamment dans des mètres connus sous les appellations al-Far’ial-Majroor et al-Yamani. Cette évolution se manifeste également dans la poésie de Abdullah al-Umayr, qui composa des poèmes à double rime, empreints d’une certaine éloquence, mais dont le style et le rythme se rapprochaient des mélodies en usage dans la poésie vernaculaire du Najd et de l’Iraq.

Au cours de cette période, les mètres du samri furent introduits dans la poésie populaire par le poète Mohsen al-Hazani. Celui-ci instaura également le système de la double rime, rompant avec le mètre hilalien traditionnel. Il introduisit le mètre mashoob, fondé sur deux rimes obligatoires, qui devint par la suite une référence pour les poètes qui lui succédèrent. La forme marouba fit également son apparition : chaque vers y est composé de quatre hémistiches.  Après lui, Mohammed Bin Laboun poursuivit cette dynamique en inventant de nouveaux mètres, en développant ceux déjà existants et en apportant des innovations artistiques majeures à la poésie nabatie.

Structure poétique au temps du Premier État saoudien

Dans la poésie du Premier État saoudien, le travail de l’expression verbale — qu’il soit simple ou élaboré — était largement répandu, en particulier dans les productions poétiques d’Al-Ahsa et du Hedjaz. À côté de cette maîtrise formelle, on trouvait des poèmes de mubasatat (échanges poétiques) et de mutarahat (joutes ou débats), récités dans les assemblées sociales, échangés entre poètes et largement diffusés parmi la population. La délicatesse et la fluidité stylistiques étaient davantage marquées dans la poésie hejazienne et hasawie que dans la poésie du Najd.

Sur le plan de la composition, les poètes ont perpétué la tradition consistant à conserver des ouvertures lyriques associées à des introductions thématiques, héritées des périodes littéraires antérieures. Parallèlement, ils ont cherché à innover dans ces introductions, notamment en y intégrant des descriptions liées au café, pratique observable dans la poésie d’Al-Ahsa. Cette tendance apparaît de manière significative chez le poète Abdullatif Bin Abdulaziz al-Mubarak, dont les vers évoquent le café comme symbole de convivialité, de bien-être et de joie, conférant ainsi aux introductions poétiques une dimension à la fois quotidienne et expressive.

Poètes du Premier État saoudien

يLa poésie du Premier État saoudien se divise en deux grands courants : la poésie arabe classique et la poésie nabatie. Plusieurs poètes se sont illustrés dans l’un comme dans l’autre, et la production poétique de cette période se distingue par le nombre élevé de poètes et par l’abondance de leurs œuvres, en comparaison avec les époques antérieures.
Ces poètes se sont également démarqués par leur volonté d’interagir avec les événements politiques et sociaux de leur temps, comme en témoignent notamment les poèmes de Hussein Bin Ghannam et de Jaafar al-Bayti, ce qui a conféré à leur poésie un statut particulièrement élevé. Parmi les poètes de cette période figurent :

– Hussein Bin Ghannam (décédé en 1810) .
– Muhammad al-Hafthi (1764–1822).
– Muhammad Qabil al-Jeddawi, actif poétiquement en 1787.
– Abdulrahman al-Makki, actif poétiquement en 1797.
– Jaafar al-Bayti (1698–1768).
– Yusuf Abu Dheeb (décédé en 1786).
– Ahmad Abdulqader (1702–1763).
– Ahmad Bin Musharaf (décédé en 1868).
– Othman Bin Sand (1766–1826).
– Abdulaziz Bin Muammar (décédé en 1829).
– Mohammed Bin Hamad Bin Laboun (1790–1831).
– Muhammad al-Abdullah al-Qadi (1809–1868).
– Mohsen al-Hazani (1732–1824).

Sources


– La littérature traditionnelle dans la péninsule Arabique, Abdullah Bin Khamees, 1402 H.
– La poésie nabatie comme source de l’histoire du Najd, Abdullah al-Othaimin, 1977.
– Notes sur les Bédouins et les Wahhabites, John Lewis Burckhardt, 2007.
– La poésie dans la péninsule Arabique : le Najd, Al-Ahsa et Qatif sur deux siècles (1150–1350), Abdullah al-Hamid, 1980.
– Le poète Mohsen Al-Hazani : sa généalogie, sa ville natale, sa vie et sa poésie, Turki Bin Saud al-Hazani, 1429 H.
– Le diwan du prince des poètes nabatis, Mohammed Bin Laboun, Abdulaziz Bin Abdullah Bin Laboun, 1997.
– Commentaire du poème de Muhammad al-Abdullah al-Qadi sur les vents et les étoiles, Khalid Bin Abdullah al-Ajjaji, 1434 H.

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