Azizi (Ammomane isabelline)
Azizi est le nom donné à une sous-espèce de l’Ammomane du désert (Ammomanes deserti), également appelée Humra, en référence au roi Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud. Cette appellation lui fut attribuée en 1924, alors qu’il était sultan du Najd et de ses dépendances. « Ammomane isabelline» est le nom français retenu pour Ammomanes deserti. La ville d’Al-Hofuf, dans le gouvernorat d’Al-Ahsa, relevant de la Province orientale du Royaume d’Arabie saoudite, constitue l’aire géographique d’Azizi. Le voyageur britannique Robert Ernest Cheesman observa pour la première fois ce type d’oiseau le 31 décembre 1921, sur les collines de Salwa, au nord-ouest d’Al-Hofuf, lors d’une expédition destinée à étudier les oiseaux de l’est de la péninsule Arabique. Il l’observa une nouvelle fois en 1924 sur le Jabal Abu Ghunaymah, près d’Al-Hofuf.
Origine du nom Azizi
L’histoire de l’appellation Azizi est liée à l’officier de l’armée britannique Robert Ernest Cheesman. Après avoir quitté l’armée et rejoint l’Irak, où il travailla comme secrétaire du premier haut-commissaire britannique après la Première Guerre mondiale, il entreprit de préparer une expédition scientifique dans la péninsule Arabique. Cette expédition débuta en octobre 1923, après une première visite dans la région deux ans auparavant. Cheesman cherchait ainsi à réaliser son projet d’étudier les oiseaux de la péninsule Arabique et d’en connaître les espèces, les noms et le cycle de vie.
Découverte de spécimens d’Azizi
Le 31 décembre 1923, Cheesman trouva Azizi sur le Jabal Abu Ghunaymah, près du puits de Zarnooqah à Al-Hofuf. Au cours de son séjour dans la région, il observa également un petit groupe d’Azizi dans des zones désertiques situées sur la route menant à Bireen. Il s’agissait de sa deuxième observation de cet oiseau.
Le 16 janvier 1924, dans le cadre de son expédition, Cheesman rencontra le roi Abdelaziz, qui l’autorisa à venir à Al-Hofuf afin d’y recueillir des spécimens d’oiseaux et d’étudier leurs caractéristiques naturelles. Cheesman informa le roi qu’il avait rassemblé des spécimens d’environ 140 oiseaux et animaux et exprima le souhait de les lui présenter au moment opportun.
Le 20 janvier 1924, Cheesman rencontra de nouveau le roi Abdelaziz à Al-Hofuf pour lui montrer les spécimens qu’il avait recueillis. Il indiqua que le roi Abdelaziz possédait une connaissance des différentes espèces supérieure à celle de toute personne arabe instruite qu’il avait rencontrée.
Cheesman apporta 40 petits oiseaux. Parmi eux, le Grand-duc d’Europe retint particulièrement l’attention du roi Abdelaziz. Celui-ci ne fut pas convaincu par son appellation arabe générique de « hibou », estimant qu’elle pouvait désigner plusieurs types de hiboux et précisant que son nom correct était Fayum. Il appela également l’Effraie des clochers « Umm al-Sakhr », en expliquant qu’elle différait du Grand-duc d’Europe.
Lors de la présentation des spécimens, Cheesman fit part au roi Abdelaziz de sa satisfaction d’avoir découvert une forme différente de l’Ammomane isabelline, qui pouvait constituer un oiseau encore inconnu des ornithologues. Le roi Abdelaziz lui indiqua qu’il s’agissait de la Humra, l’un des oiseaux les plus répandus dans la région. La sous-espèce fut dès lors nommée Ammomanes deserti azizi, en référence au nom du roi Abdelaziz.
Le roi Abdelaziz examina également le Sirli du désert (Alaemon alaudipes), qu’il appelait « Umm Salim », et demanda à Cheesman si cet oiseau n’existait pas en Angleterre. Il poursuivit ensuite l’examen des spécimens. Son attention fut notamment attirée par un martin-pêcheur bleu clair, dont la présence dans la région le surprit. Il s’étonna également qu’un ganga doré ait pu être abattu au fusil sans subir de dommages importants malgré sa petite taille.
Classification d’Azizi
Azizi est scientifiquement classé dans le règne animal, l’embranchement des Chordés, la classe des Oiseaux, l’ordre des Passériformes, la famille des Alaudidés, le genre Ammomanes, l’espèce Ammomanes deserti et la sous-espèce Azizi.
Les tentatives de classification commencèrent après la découverte du premier spécimen par Cheesman. Celui-ci chercha ensuite à en obtenir plusieurs autres afin de vérifier la constance de leurs caractéristiques et de déterminer si elles justifiaient la reconnaissance d’une nouvelle sous-espèce. Cheesman indiqua que, malgré le caractère nouveau du premier spécimen, il ne souhaitait pas lui attribuer un nom à partir d’un seul individu. Les autres spécimens qu’il découvrit par la suite montrèrent qu’Azizi constituait une forme distincte d’ammomane, caractérisée notamment par des parties supérieures tirant vers le beige clair.
Plusieurs sous-espèces de l’Ammomane du désert ont été nommées en fonction de la couleur de leur plumage. Les oiseaux vivant dans les milieux sableux présentent des couleurs différentes de ceux qui occupent les zones rocheuses ou pierreuses.
On distingue 24 formes d’Ammomane du désert dans la péninsule Arabique, dont au moins sept sont des oiseaux résidents et non migrateurs. Elles sont réparties dans différentes parties de la péninsule Arabique, à l’exception des vallées de dunes de sable. Elles sont présentes en nombre limité dans les zones rocheuses des plaines du nord de l’Arabie et de Tihamah ainsi que dans l’ensemble des pays de la région.
Description d’Azizi
Azizi est une sous-espèce de l’Ammomane isabelline. C’est un oiseau trapu à queue courte, dont la longueur moyenne atteint environ 15 cm. Sa couleur varie du gris au rose pâle, avec des parties supérieures plus claires. Les parties inférieures sont davantage blanchâtres et la gorge porte une marque distinctive. Selon sa description anatomique, la longueur totale des ailes de trois mâles varie entre 100 et 105 mm, contre 94 à 100 mm chez cinq femelles.
Le mâle et la femelle présentent une coloration similaire. Azizi possède un bec long et pointu, dont la base est jaunâtre. Son chant se compose de différents cris courts, doux et mélodieux. Il chante principalement au sol et parfois lorsqu’il descend en vol, mais rarement lorsqu’il est perché sur des branches.
Répartition géographique des sous-espèces de l’Ammomane isabelline
Selon la base mondiale de données sur les oiseaux, Azizi est présent à proximité d’Al-Hofuf ainsi que dans la région de Shadqam, dans le gouvernorat d’Al-Ahsa. Des formes de l’Ammomane du désert proches d’Azizi sont également présentes dans les provinces de Tabuk et de Haïl. Leur plumage est brun foncé sur les parties supérieures, rappelant celui du Geai des chênes, mais ces oiseaux sont plus petits et possèdent une queue.
La sous-espèce isabellinus de l’Ammomane du désert est également présente. De petite taille, elle présente une coloration brun orangé et une queue tirant vers le roux. Elle vit dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite ainsi qu’à Al-Thumamah, au nord-est de Riyad. L’Ammomane du désert porte plusieurs appellations, notamment Ammomane du désert, Alouette des sables, Alouette des steppes et Alouette-moineau du désert.
Classement d’Azizi sur la Liste rouge des espèces menacées
Azizi a été inscrit dans l’édition 2018 de la Liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans la catégorie « Préoccupation mineure ». Selon l’Atlas of the Breeding Birds of Arabia, la population de l’Ammomane du désert « Azizi » compte environ 5 millions de couples. Il fait partie des oiseaux dont les effectifs reproducteurs sont en augmentation et son espérance de vie moyenne atteint 3,8 ans. Dans la péninsule Arabique, la saison de reproduction de l’Ammomane du désert atteint son pic en mars.
Efforts du roi Abdelaziz pour préserver la faune sauvage
L’intérêt du roi Abdelaziz pour la préservation de la faune sauvage s’est notamment manifesté par son souci de conserver des spécimens vivants d’espèces menacées d’extinction ainsi que par ses rencontres avec plusieurs scientifiques venus en Arabie saoudite pour étudier sa biodiversité.
Le roi Abdelaziz rassembla également plusieurs animaux du désert et les offrit au zoo de San Diego, aux États-Unis, afin qu’ils y soient pris en charge, par crainte de leur extinction. Pendant la Première Guerre mondiale, il offrit également au roi de Grande-Bretagne un couple d’oryx d’Arabie afin de contribuer à leur préservation face à la chasse incontrôlée pratiquée dans la péninsule Arabique.
L’explorateur et naturaliste britannique Alexander Carruthers mentionna que le roi Abdelaziz avait offert deux autruches à Percy Cox, premier représentant britannique en Irak. Le photographe et voyageur britannique John Philby rapporta également que le roi Abdelaziz avait préparé pour lui un jeune oryx, mais que celui-ci était mort avant qu’il ne puisse le recevoir.
Le roi Abdelaziz permit par ailleurs à Cheesman de se rendre à Al-Hofuf pour y recueillir des spécimens d’oiseaux et étudier leurs caractéristiques naturelles. Cheesman rapporta que le roi s’intéressait aux informations relatives aux mammifères et aux oiseaux menacés d’extinction, notamment à l’oryx d’Arabie, dont il avait auparavant offert un spécimen au roi de Grande-Bretagne.