Artisanats dans la province de Najran
Les artisanats dans la province de Najran désignent l’ensemble des métiers et industries manuelles pour lesquels la région de Najran, située au sud de l’Arabie saoudite, est connue. Ces activités se sont développées afin de répondre aux besoins des habitants, en exploitant les matières premières disponibles dans l’environnement naturel local. Transmises de génération en génération, elles constituent un élément du patrimoine culturel des populations de la région.
Artisanat du tissage et du textile
Parmi les artisanats historiques de la province de Najran figurent la couture et le tissage. Najran est réputée pour cette activité depuis les débuts de l’islam, et ses productions étaient exportées vers différentes régions de la péninsule Arabique. Les notables se distinguaient par le port des «habr najraniy », considérés à l’époque comme des vêtements de grande valeur. Ces pièces, proches des mishlah ou des bishts, étaient reconnues pour la qualité de leur confection, la précision de leur exécution et leur élégance.
L’artisanat textile répondait également aux besoins domestiques, notamment par la fabrication de tentes, de cloisons intérieures, de matelas, de bayt al-sha’ar, ainsi que de vêtements et de tissus tels que les habits et les turbans. Les textiles variaient selon les matières utilisées, parmi lesquelles figuraient le poil de chèvre, les différents types de laine, le coton, le poil de chameau, le lin, la gaze et la soie.
Parmi les vêtements anciens caractéristiques de la province de Najran figurent la « muzanda »et la « mukammam », réservées aux femmes, ainsi que le « mudhayyal », considéré comme l’un des habits les plus connus, généralement porté lors des occasions.
Certaines pièces textiles en laine demeurent encore en usage, telles que la majra et la radaa, qui sont de petits tapis, le hadar, tapis long et large, le bisat, généralement de couleur noire, la saha, utilisée comme matelas, le kharj, servant de contenant pour le transport des bagages, la bitana, employée pour doubler les tentes en poil, l’adhar, utilisé pour les chameaux, ainsi que des colliers destinés aux chevaux.
Artisanat de fabrication des poignards et des janabiyas
L’artisanat de fabrication des poignards et des janabiyas fait partie des industries traditionnelles pour lesquelles la province de Najran est réputée depuis des centaines d’années. Il constitue un héritage culturel de la région et un élément du costume traditionnel symbolisant l’authenticité et la fierté, transmis de génération en génération. Les poignards sont fabriqués en fer, avec un manche réalisé à partir de cornes de certains animaux, et sont ornés de pièces en argent ou en or. Le fourreau est confectionné en bois recouvert de cuir ou de plaques d’argent, puis fixé à une ceinture en cuir. La janabiya se décline en plusieurs formes et catégories, parmi lesquelles des modèles locaux connus sous les appellations « Um Tisaa », « Um Fusous »et « Al-Mashaf », ainsi qu’un autre type appelé « Al-Mukaab », sans oublier la janabiya « Al-Darma ».
La région de Najran abrite un marché spécialisé dans la vente des janabiyas, situé dans le quartier historique d’Aba Al-Saud. Ce marché est fréquenté quotidiennement par les habitants pour l’achat, la vente ou la réparation de leurs poignards. Il connaît une forte affluence lors des fêtes et des congés hebdomadaires, attirant également des visiteurs venus d’autres régions et des touristes étrangers.
Artisanat de la maroquinerie
La présence d’un important cheptel dans la région de Najran — bovins, chameaux, ovins et chèvres — a favorisé l’émergence et le développement de l’artisanat du cuir. Le processus de fabrication comprend plusieurs étapes, notamment le nettoyage des peaux, l’élimination des poils, le salage, le tannage, puis le séchage et l’assouplissement, avant la découpe et la préparation finales. Cet artisanat a permis la production de nombreux objets, parmi lesquels le « mizab », un dispositif servant à porter le nourrisson et pouvant être porté sur l’épaule en cas de besoin, la « zamalah », un grand contenant destiné à conserver des effets personnels, ainsi que le « masbat », une ceinture en cuir entourant la taille et se divisant à l’arrière en deux bandes posées sur les épaules, qui se croisent sur la poitrine avant d’être rattachées à l’avant. Le masbat est orné de motifs décoratifs multicolores. Figurent également l’usm, une petite bourse en cuir munie d’une ouverture fermée par un lacet, le « masab », une sacoche destinée au transport de nourriture et portée à l’épaule à l’aide d’une lanière en cuir, le « qatf », un étui plus petit servant à conserver le café, le « mishrab », un récipient permettant de conserver l’eau fraîche, ainsi que le « rahat », un type de tapis et de couverture utilisé en hiver. À partir du cuir sont également fabriqués les ceintures destinées aux janbiya et aux poignards, des éléments d’ameublement ainsi que des sièges en cuir. Parmi les autres productions de la maroquinerie traditionnelle figurent les chaussures, notamment les khuff et les sandales, les seaux, les outres à eau, les mazawid, qui sont des contenants utilisés pour transporter les provisions et les effets personnels, ainsi que le jirab, destiné à la conservation des denrées sèches. Le cuir sert aussi à la fabrication des « sourouj », c’est-à-dire les selles des montures telles que les chevaux, les mulets et les ânes, auxquelles s’ajoutent le « lijam » et le « rasan ». On y trouve enfin les « iyab », de grands paniers servant au stockage des céréales. À l’époque contemporaine, l’artisanat du cuir à Najran s’est enrichi de produits modernes, notamment des chaussures, des sacs, des accessoires, des vêtements, des éléments de mobilier et des équipements destinés à l’aménagement automobile.
Artisanat des feuilles de palmier
La région de Najran étant une zone agricole réputée pour la culture du palmier, des artisanats liés aux produits de cet arbre s’y sont développés. Ils reposent notamment sur l’utilisation des feuilles de palmier et des fibres, qui sont nettoyées, séchées et débarrassées de leurs impuretés. Les fibres peuvent ensuite être teintes en différentes couleurs, avant d’être tissées selon des procédés spécifiques permettant d’obtenir les formes souhaitées. Ces techniques aboutissent à la fabrication de divers produits, tels que des tapis, des paniers, des éléments d’ameublement, des sacs, des vêtements, des contenants et d’autres objets à usage domestique ou décoratif.
Artisanat de la poterie
La poterie fait partie des métiers artisanaux traditionnels et patrimoniaux pratiqués dans la région de Najran. Cette activité repose sur l’utilisation d’une argile montagneuse à teinte rougeâtre, caractérisée par sa capacité à se solidifier sous l’effet du feu, contrairement à l’argile ordinaire qui se détériore lorsqu’elle est exposée à la chaleur. L’artisan mélange l’argile avec une quantité d’eau appropriée, puis la façonne selon l’objet à réaliser, en la faisant tourner sur un tour de potier. La pièce est ensuite laissée au soleil pendant environ deux jours, jusqu’à séchage complet. Une fois sèche, elle est placée dans un espace spécialement aménagé pour la cuisson. Le feu est allumé à l’aide de bois provenant des troncs de palmier, et après environ huit heures de cuisson, les pièces en terre cuite sont retirées, nettoyées, harmonisées par l’application de couleurs, puis décorées de motifs traditionnels.
Parmi les types de poterie fabriqués dans la région de Najran figurent la barma, destinée à la cuisson de la viande, le zir et la jarra utilisés pour la conservation de l’eau, le tannourservant à la cuisson du pain et à la préparation du mandi, ainsi que les cheminées et les encensoirs employés pour le brûlage de l’encens. S’y ajoutent le madhan, récipient utilisé pour la présentation des aliments, la jamna destinée à la préparation du café, ainsi que divers objets décoratifs domestiques de caractère patrimonial.
Fabrication de bijoux artisanaux
La région de Najran est connue depuis des époques anciennes pour l’artisanat de la fabrication des bijoux, réalisé à partir de divers métaux tels que l’or, l’argent, le fer, le cuivre et le bronze, auxquels s’ajoutent des pierres précieuses ou semi-précieuses. Les bijoux y présentent une grande diversité, notamment les colliers confectionnés à partir de perles, comme le zafar, l’agate blanche, noire ou rouge, ainsi que la perle, le verre et l’onyx, certains de ces éléments étant fixés à des anneaux en or ou en argent. Les bijoux en argent constituent l’essentiel de l’ornement féminin à Najran. Parmi ceux portés autour du cou figurent des colliers tels que la lubba, le lazim et le samt, souvent pourvus de pendants aux formes variées, parfois dorés ou incrustés de pierres précieuses. D’autres parures sont destinées à la tête, comme la dan’a et les boucles d’oreilles, tandis que les khirsan pendent de part et d’autre des oreilles. Les mains sont ornées de hadaoud et de metal, réalisés sous forme de bracelets entourant le poignet, les doigts sont décorés de bagues, et les jambes de khalakhel, des anneaux de cheville parfois munis de pendants produisant un léger tintement à la marche. Une ceinture est également portée autour de la taille. Bien que l’argent demeure le matériau principal de fabrication de la majorité de ces bijoux, certains peuvent être réalisés en or, mais dans des cas limités et relativement rares. Il arrive aussi que des bijoux en argent soient dorés à l’eau d’or, en substitution à une fabrication en or pur.
Artisanat du travail de la pierre ollaire
L’artisanat de la pierre ollaire compte parmi les industries anciennes de la région de Najran, où il est attesté depuis la fin du Néolithique. Des quantités de pierre ollaire ont été découvertes sur le site archéologique d’Al-Ukhdood, datant de périodes historiques et civilisationnelles anciennes, notamment des fragments de corps, de rebords et de bases de récipients façonnés dans ce matériau, reconnu pour sa grande aptitude à la taille et la sculpture.
Artisanat des industries du bois
L’artisanat des industries du bois s’est développé dans la région de Najran dès la période de l’âge de la pierre. À cette époque, les haches et les pointes de flèches en pierre étaient fixées à des pognées en bois. Par la suite, cette activité a évolué pour inclure la fabrication de portes, de fenêtres, d’ustensiles domestiques, d’outils agricoles et industriels, ainsi que de gobelets, de mesures, de plats, de coffres, de lits et d’autres objets, souvent ornés de motifs géométriques, d’inscriptions et d’éléments métalliques. En menuiserie, le bois de l’arbre sidr (al-athl), préalablement séché, était couramment utilisé. Il servait notamment à la confection de portes, de fenêtres et de récipients en bois.
Autres métiers artisanaux dans la province de Najran
Il existe dans la province de Najran d’autres métiers artisanaux traditionnels, parmi lesquels figurent le polissage des poignards et des épées, khasf (couture réalisée à l’aide d’une aiguille), al-sharih (fabrication de paniers et d’objets en feuilles de palmier), la fabrication de tambours, le tissage des cordes, la confection de paniers destinés aux janbiya, la forge, la fabrication du miyadhaf, la réalisation de balais, ainsi que la réparation des ceintures.